Le Groupe d’appui à la Gestion intégrée des ressources naturelles pour les droits humains et le développement durable (GIRENAD) tire la sonnette d’alarme sur la situation particulièrement précaire de plusieurs familles autochtones pygmées déplacées dans la ville de Beni, au Nord-Kivu. Dans un communiqué de presse rendu public le dimanche 09 Août à Beni, cette organisation décrit les conditions infra humaines dans lesquelles vivent ces familles en ville de Beni.
Réfugiés dans une concession à Kipriani, ces déplacés vivent dans des conditions qualifiées d’extrêmement préoccupantes par cette organisation. Ils ont fui leur ancien campement de Ngadi, situé à une dizaine de kilomètres de la ville de Beni, à la suite des massacres survenus dans la nuit du 30 au 31 mai 2026. Six personnes autochtones y avaient été tuées.
Selon le GIRENAD, 67 ménages, représentant environ 260 personnes, dont 92 femmes et 71 enfants, ont trouvé refuge à Kipriani. Mais plusieurs semaines après leur déplacement, leur situation demeure critique.
Sur le site de Kipriani, les familles déplacées vivent dans de petites huttes construites à partir de branches sèches et de feuilles de bananier. Des abris traditionnels conçus pour la forêt, mais qui offrent une protection très limitée dans un environnement urbain et face aux intempéries.
Lorsque les pluies s’abattent sur Beni, ces habitations laissent pénétrer l’eau, exposant les familles à l’humidité, au froid et aux maladies. À cette précarité s’ajoute l’absence de couvertures, ce qui accentue les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes et les enfants.
La nuit, l’absence d’éclairage dans la concession renforce également le sentiment d’insécurité. Le GIRENAD estime que cette obscurité expose davantage les habitants aux agressions et complique la prise en charge des éventuels problèmes sanitaires.
Le volet sanitaire constitue l’une des principales préoccupations soulevées par le GIRENAD.
Les 260 déplacés disposent d’une seule latrine de fortune pour 67 ménages et s’approvisionnent en eau non traitée dans la rivière Tipiwe. Pour l’organisation, cette situation crée un environnement particulièrement favorable à la propagation des maladies hydriques, notamment le choléra.
L’inquiétude est d’autant plus grande que la région de Beni fait actuellement face à une alerte liée à la maladie à virus Ebola. Le GIRENAD estime que la forte promiscuité dans laquelle vivent ces familles, combinée au manque de moyens de prévention et à l'insuffisance des infrastructures sanitaires, constitue un risque majeur.
L’organisation appelle ainsi à une intégration urgente du site de Kipriani dans les mécanismes officiels de la riposte sanitaire contre Ebola, afin que les déplacés autochtones puissent bénéficier de la prévention, de la surveillance et de la prise en charge nécessaires.
À ce jour, selon le GIRENAD, l’aide reçue sur le site reste très limitée. L’organisation indique qu’en dehors d’une latrine et d’une douche réalisées grâce aux fonds propres d’une organisation locale partenaire, aucun appui substantiel n’a été apporté à ces familles.
Au-delà des conditions matérielles de vie, le déplacement constitue également une profonde rupture culturelle pour ces communautés. L’insécurité dans leurs zones forestières d’origine les empêche de regagner leurs terres ancestrales. Or, la forêt représente pour les peuples autochtones bien plus qu’un espace d’habitation. Elle constitue leur principal cadre de vie, leur source de nourriture et de revenus, mais aussi un espace de transmission des savoirs et des pratiques traditionnelles.
La chasse, la cueillette et l’utilisation de plantes médicinales font partie des pratiques indispensables à leur quotidien. En étant éloignées de leurs forêts, les familles perdent progressivement l’accès à ces ressources.
Le GIRENAD alerte particulièrement sur les conséquences de cette rupture pour les sages-femmes autochtones et les détentrices de savoirs médicaux traditionnels, qui ne disposent plus du même accès à la pharmacopée naturelle.
Cette situation accroît également la dépendance à l’aide humanitaire et expose les familles, notamment les enfants, à la malnutrition. Le manque de nourriture, d’abris adaptés, de vêtements, de couvertures et de soins fait craindre une aggravation de leur vulnérabilité.
Pour le GIRENAD, l’assistance alimentaire ne peut donc plus être différée. L’organisation demande une intervention urgente afin de prévenir une détérioration de l’état nutritionnel des enfants et des autres personnes vulnérables présentes sur le site.
Des kits de dignité destinés aux femmes, des couvertures thermiques, des lampes solaires ainsi que des abris provisoires semi-durables figurent également parmi les besoins prioritaires identifiés.
Le déplacement vers la ville entraîne par ailleurs de nouvelles pressions sur l’environnement. Traditionnellement dépendantes des ressources forestières pour leurs besoins énergétiques, les familles déplacées doivent désormais chercher du bois de chauffe autour du site de Kipriani. Le GIRENAD estime que cette situation peut contribuer à accentuer la pression sur les ressources naturelles environnantes et créer des tensions avec les communautés d’accueil.
L’organisation plaide donc pour des solutions qui répondent simultanément aux besoins humanitaires des déplacés et aux impératifs de protection de l’environnement.
Le GIRENAD appelle le gouvernement congolais à accélérer la mise en œuvre effective de la Loi portant protection des peuples autochtones pygmées et à prendre les mesures réglementaires nécessaires à son application.
L’organisation demande également aux églises, agences humanitaires, partenaires internationaux et personnes de bonne volonté de se mobiliser en faveur des déplacés de Kipriani.
Les priorités identifiées sont notamment l’accès à l’eau potable, la construction de blocs sanitaires, l’amélioration des abris, la distribution de couvertures et de kits de dignité, l’éclairage solaire ainsi qu’une assistance alimentaire d’urgence. Le GIRENAD souhaite surtout que le site soit pris en compte dans les mécanismes de réponse sanitaire déployés à Beni face à la maladie à virus Ebola.
À Kipriani, derrière les chiffres de 67 ménages et 260 déplacés, se trouvent des femmes, des enfants et des familles privées de leur forêt, de leurs moyens de subsistance et de leurs conditions élémentaires de vie. Leur situation constitue désormais un appel urgent à l’action.
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