La République démocratique du Congo s’apprête à renforcer ses capacités de mesure et de suivi du carbone forestier. Après l’installation d’une première tour à flux dans les forêts équatoriales de basse altitude de Yangambi, une nouvelle infrastructure scientifique devrait bientôt être déployée dans le sud du pays, au cœur du Miombo.
Cette initiative vise à améliorer les connaissances scientifiques sur le rôle de ces forêts dans le stockage du carbone et sur les émissions liées aux différentes pressions qui affectent cet écosystème.
Le projet est porté par un consortium réunissant l’Université de Lubumbashi (UNILU), l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) en France ainsi que l’Université de Gand, en Belgique. Il bénéficie également de l’appui de l’initiative One Forest Vision.
Selon le professeur Basile Mujinya, cette collaboration illustre également la volonté de renforcer le rôle des institutions scientifiques congolaises dans la connaissance et la gestion des ressources forestières du pays.
Mieux comprendre le rôle du Miombo dans le cycle du carbone
Le Miombo couvre environ 286 000 km² en République démocratique du Congo, soit près d’un cinquième de la couverture forestière nationale. Bien que ces forêts soient relativement ouvertes, elles constituent un écosystème d’une grande richesse écologique.
On y trouve notamment des arbres pouvant atteindre une vingtaine de mètres de hauteur et une importante diversité végétale, avec plus de 8 500 espèces recensées, dont près de la moitié seraient endémiques. Le Miombo congolais se caractérise également par une pluviométrie importante, avec plus de 1 200 millimètres de précipitations par an.
Malgré cette richesse, cet espace forestier est soumis à des pressions croissantes. L’exploitation minière associée au Copperbelt, l’expansion des zones urbaines, l’utilisation du bois comme source d’énergie ainsi que les feux de brousse figurent parmi les principales menaces.
Pour les chercheurs, disposer de données précises sur les échanges de carbone entre la forêt et l’atmosphère est donc essentiel. Ces informations permettront notamment de mieux évaluer à la fois les émissions générées par les perturbations et la capacité du Miombo à stocker du carbone.
« Lorsqu’il y a des menaces mises en lumière par des mesures scientifiques réelles, cela aide à prendre des décisions rapides et bien coordonnées », souligne le professeur Mujinya. Il estime que, dans cette région minière en pleine transformation, la mesure scientifique des effets des feux et des autres pressions sur les forêts est devenue indispensable.
Kitunwa retenu pour accueillir la nouvelle infrastructure
Le site destiné à accueillir la tour à flux a déjà été identifié. Il se trouve à Kitunwa, sur l’axe routier Kasenga, à environ deux heures de Lubumbashi.
Les critères de sélection ont notamment porté sur l’état de conservation du couvert forestier, la représentativité du site et son accessibilité tout au long de l’année. La zone retenue est décrite comme une forêt relativement bien préservée, sécurisée et facilement accessible.
Sur le plan technique, le projet serait déjà bien avancé. La tour est disponible en France et les premières études de sol doivent être lancées. Son acheminement vers la RDC reste toutefois conditionné aux dernières autorisations administratives, notamment à l’approbation du ministère de la Recherche scientifique.
Une infrastructure au service de la recherche et des politiques climatiques
L’installation de cette tour à flux devrait permettre de produire des données de terrain indispensables à une meilleure compréhension du fonctionnement du Miombo. Ces données pourront contribuer à préciser son rôle dans le stockage du carbone et à mesurer l’incidence des activités humaines et des perturbations naturelles sur les émissions de gaz à effet de serre.
Au-delà de la recherche scientifique, l’enjeu est également décisionnel. Une meilleure connaissance du potentiel carbone du Miombo pourrait aider les autorités et les différents acteurs de la conservation à orienter plus efficacement les politiques de gestion des forêts, de lutte contre les feux et de protection des écosystèmes du sud de la RDC.
Avec cette nouvelle infrastructure, la RDC poursuit ainsi la mise en place d’un dispositif scientifique destiné à mieux documenter la contribution de ses différents types de forêts à la régulation du climat.
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